Stéphane Ruellan, dirigeant de Un bureau & Plus

20 juin 2019ContactCarine Camors

Stéphane, entrepreneur multi-activités, gère l’espace de coworking Un bureau & plus. Il est passionné par les questions de développement économique, d’entrepreneuriat local et d’environnement. Fortement investi dans le monde associatif, il milite en faveur du développement d’initiatives citoyennes locales visant à (re)créer du lien social et à relocaliser l’activité au cœur des villes.

Quel est votre parcours ? Quand et comment a commencé l’aventure du lieu ?

Sensibilisé depuis mes premières années aux questions de développement durable, j’ai soutenu une thèse sur le changement climatique au début des années 2000. J’ai ensuite créé mon activité de communication durant laquelle j’ai travaillé plusieurs années avec l’Ademe et les ministères en charge de l’écologie. Ma formation et ces expériences professionnelles m’ont amené très tôt à être sensibilisé aux impacts environnementaux des transports en général et des déplacements domicile-travail en particulier. Cela m'a aussi permis de découvrir des premières pistes de solutions investiguées par les pouvoirs publics : covoiturage, télécentres, télétravail… On ne parlait pas encore de coworking en France à cette époque. Lorsqu’en 2012, j’ai décidé d’investir dans des locaux professionnels pour mon agence de communication, j’ai sciemment choisi des locaux surdimensionnés par rapport à mes propres besoins pour pouvoir tester une offre de bureaux partagés avec d’autres entrepreneurs. Ce test s’est avéré très révélateur. D'une part, il y avait une réelle demande pour partager des bureaux assortis de services, d'autre part, la notion de communauté d’utilisateurs a tout de suite émergé avec la multiplication d’échanges et de collaboration entre les usagers du lieu. Cette expérience m’a rapidement incité à formaliser une vraie offre de coworking sur un site dédié, caractérisé par une identité forte : de là a germé l’idée d’Un bureau & plus.

Comment le projet a-t-il émergé ?

Tout a vraiment commencé fin 2017 lors d’une réunion consacrée au coworking et organisée par la CCI de l’Essonne. J’ai pu y rencontrer plusieurs porteurs de projets dont Clara Meyer (fondatrice de Cowork Green à Saclas) et Guillemette Loyez (qui venait de créer son tiers lieu à Mennecy). Avec elles, nous avons créé un collectif informel qui deviendra Cowork In Essonne. J’ai également fait mûrir mon projet en rencontrant d’autres porteurs de projet comme Valérie Andrade (Sceaux Smart à Sceaux dans les Hauts-de Seine) et Blandine Cain (Le 50Coworking à Méré dans les Yvelines), ou encore Christian Ollivry (Président d’Actipole 21 à l’origine du label C3).

Ces rencontres et les nombreux échanges que je continue d’avoir ont été primordiaux et décisifs. Ils m’ont fait comprendre ou m’ont confirmé l’importance d’avoir un lieu ayant une forte identité, de l’animation et une offre très diversifiée.

Quel regard portez-vous sur le développement de ces espaces de coworking en grande couronne ? Observez-vous un intérêt grandissant pour ce type d'espace ?

En banlieue et dans l’aire urbaine d’une ville comme Paris, la pertinence des espaces de coworking est évidente, que ce soit pour des entrepreneurs ou des salariés. Pour les salariés, en relocalisant l’emploi, ils contribuent à répondre aux enjeux environnementaux liés aux déplacements, aux problèmes de congestion des routes et des transports collectifs et améliorent la qualité de vie au travail en réduisant fortement les temps de trajet. Pour les entrepreneurs, notamment les entrepreneurs individuels, les espaces de coworking contribuent à lutter contre l’isolement professionnel et stimulent l’innovation et l’émulation. Pour ces raisons les espaces devraient continuer à se développer. Reste à consolider les modèles économiques pour permettre aux espaces existants de se pérenniser.

Après 2 années et demie d’activité, quels enseignements pouvez-vous dresser ?

Sur un plan personnel, cela a été deux années et demie passionnantes et très enrichissantes, notamment grâce aux nombreuses rencontres que j’ai pu y faire.

L’espace est un lieu d’expérimentation où l’on peut tenter beaucoup de choses en termes d’offre et de services proposés. Il y a eu une demande croissante et les taux de remplissage sont maintenant très bons. Cependant le modèle économique reste fragile et ne permet pas à l’heure actuelLE de rémunérer l’animateur du lieu.

Cela sera possible sous réserve d’avoir une taille un peu plus importante et de proposer plus de services à valeur ajoutée aux coworkers.

Quels liens le lieu entretient-il avec son territoire ?

L’essence d’un espace de coworking est de s’ancrer dans son territoire. De notre côté, nous avons cherché dès le démarrage à tisser un lien fort avec le milieu associatif local en co-organisant des événements par exemple ou bien en mettant gracieusement nos salles de réunion à disposition des associations de la ville. Nous sommes également en lien permanent avec la mission locale Nord-Essonne et le service développement économique de notre territoire, le Grand Orly Seine Bièvre, pour donner réciproquement de la visibilité à nos actions respectives. Enfin, nous avons tenté de mettre en place un partenariat avec Pôle emploi pour accueillir des demandeurs en parcours de création d’activité. Cela n’a pas pu aboutir à ce jour mais nous avons toujours espoir d’y arriver !

Comment les pouvoirs publics (région, département, communes) peuvent-ils vous accompagner ?

La filière du coworking reste à développer et à structurer. Les acteurs institutionnels ont un rôle important à jouer dans cette structuration. Les enjeux pour favoriser son développement sont de trois ordres :

  • règlementaire : le coworking est en France un sujet encore nouveau avec des flous ou incertitudes juridiques sur des questions assurantielles, de catégorie d’établissement (recevant des travailleurs ou du public ?) qui ne facilitent pas le montage des projets ;
  • fiscal : le poids de la fiscalité lié à l’immobilier (foncier, taxe bureau, TEOM) s’ajoute à la fiscalité des entreprises classiques (cotisations foncières des entreprises, TVA, impôt sur les sociétés) qui contribue à rendre difficile la rentabilité des projets ;
  • structuration professionnelle. Avec la multiplication des lieux se posent les questions :
    • de la reconnaissance des lieux de qualité. Actipole 21 avec son label 3C apporte une première réponse intéressante qu’il conviendra de perfectionner (quid du choix des critères, de leur évaluation initiale et dans le temps…) ;
    • de la répartition sur le territoire. Lorsque les espaces auront définitivement assis un modèle économique et que le marché sera mature se posera la question de la régulation de l’offre. Les pouvoirs publics (et les fédérations professionnelles à créer ?) devront intervenir afin de favoriser un maillage pertinent des espaces sur les territoires.

Si c’était à refaire, que feriez-vous ou ne feriez-vous pas ?

Je ne changerai pas grand-chose à vrai dire. Je partirai sur un espace plus grand (à minima 300 m2) car je me sens déjà à l’étroit dans notre espace de 190 m2. L’expérience acquise me permet également aujourd’hui d’être plus efficace et plus pertinent sur les priorités à donner et les moyens à répartir entre les animations, la communication, le réseautage, la gestion de la vie quotidienne du lieu…

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