Territoires et enjeux du second tour des municipales en Île-de-France

Chronique des communes franciliennes 2020 n° 5   Sommaire

25 juin 2020ContactIsabelle Zugetta, Léo Fauconnet

Un second tour concentré sur les communes du cœur de la région, une grande stabilité des maires à prévoir dans les Hauts-de-Seine, moins en Seine-Saint-Denis et dans le Val-d’Oise, quelques barons de puissantes « intercos » dans l’expectative… : si le second tour des élections municipales en Île-de-France, ce dimanche, promet peu de surprises, il subsiste néanmoins quelques enjeux importants. Voici les données que nous avons analysées pour identifier les territoires à surveiller.

Le deuxième tour des élections municipales en Île-de-France ne concerne plus que 239 communes sur 1 268. C’est pourtant, avec presque 19 % des conseils municipaux encore à désigner, plus que la moyenne du territoire national où à peine 13 % des communes votent le 28 juin.
Ce scrutin, qui porte majoritairement sur l’espace de l’agglomération parisienne, se tiendra dans des communes qui représentent un peu plus de 50 % de la population francilienne, avec 3 719 034 électeurs inscrits sur les listes appelés à venir dans les bureaux de vote.

Les communes de moins de 1 000 habitants ont très largement pourvu l’ensemble des sièges de leurs conseils municipaux dès le 1er tour, le 15 mars. Seules 8 % de ces « petites » communes (46 sur 551) voteront dimanche, contre 27 % de celles de plus de 1 000 habitants (193 sur 717). Ce second tour de scrutin concerne 60 communes en petite couronne (dont Paris) et 179 en grande couronne : ainsi, près de 50 % des conseils municipaux sont encore à pourvoir dans le cœur de l’agglomération contre seulement 16 % dans les périphéries urbaines, périurbaines et rurales de la région.

Après la crise sanitaire, une surprime aux maires sortants ?

Nos chroniques précédentes l’ont montré, les élections municipales sont une affaire de changement dans la continuité. 915 maires sortants, donc près des trois-quarts, étaient candidats le 15 mars. Dès le soir de ce 1er tour, 731 avaient été réélus conseillers municipaux et semblaient en position d’exercer un nouveau mandat comme premiers magistrats. La compilation des désignations de maires opérées par les conseils municipaux entre le 23 et le 28 mai derniers devrait confirmer cette tendance.
Qu’en sera-t-il pour le 2e tour ? Les scores du 15 mars sont à considérer avec prudence, étant donné le niveau hors du commun de l’abstention et le retour probable d’une participation plus importante le 28 juin. Cependant, on observe que, parmi les 147 maires sortants de communes de plus de 1 000 habitants, qui étaient présents en tête des listes mises en ballotage au 1er tour, 63 ont réuni tout de même plus de 40 % des suffrages exprimés (35 reçoivent même plus de 45 % des votes). Ils devraient être réélus sans difficultés. Cela cache, néanmoins, des disparités territoriales. 73 % des maires sortants de communes de plus de 1 000 habitants des Hauts-de-Seine, qui conduisaient de nouveau une liste, ont dépassé les 40 %. Ce score n’est atteint que par environ la moitié des édiles sortants qui se représentent dans le Val-de-Marne, la Seine-et-Marne et les Yvelines. En Seine-Saint-Denis et dans le Val d’Oise, cette part tombe à 26 % : le 2e tour des élections municipales y sera beaucoup plus disputé et c’est dans ces territoires que les équilibres politiques pourraient connaître des évolutions.

Dans les intercommunalités, baronnies et points chauds

L’Île-de-France compte 63 établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) à fiscalité propre : 51 intercommunalités « de droit commun » en grande couronne, les 11 établissements publics territoriaux (EPT) au statut très spécifique en petite couronne et la Métropole du Grand Paris (MGP). La complexité et la diversité des modes de scrutin (cf. chronique n° 3), associées à des pactes de gouvernance généralement consensuels, rendent complexe l’anticipation des leaderships à venir. Néanmoins, ici aussi, la stabilité s’annonce comme la valeur dominante.

Comme le montre la carte ci-dessus, seuls 8 présidents d’EPCI de la mandature 2014-2020 ne se représentaient pas aux élections intercommunales cette année : 2 en petite couronne (Patrick Braouezec pour Plaine Commune et Gérard Cosme à Est Ensemble), 3 dans l’agglomération (dont Patrick Renaud pour le Grand Roissy et Philippe Tautou en Seine aval) et 3 dans la grande périphérie francilienne. Deux intercommunalités ont vu l’ensemble de leurs communes-membres renouveler leurs conseils municipaux intégralement dès le 1er tour : Laurent Richard et Jean-François Copé ont déjà retrouvé leurs fauteuils de présidents, respectivement, de la communauté de communes (CC) Gally Mauldre (78) et de la communauté d’agglomération (CA) du Pays de Meaux. En plus de ces deux, 36 présidents sortants ont été réélus comme conseillers municipaux le 15 mars : 22 en tant que têtes de listes ayant obtenu la majorité absolue dans des communes de plus de 1 000 habitants et 14 dans des communes de moins de 1 000 habitants. En fin de compte, une faible minorité de présidents sortants – 16 – ont été mis en ballotage dans leurs communes d’origine. Parmi eux, 7 dirigeaient des EPT en petite couronne, 1 seul une intercommunalité dans la périphérie rurale : Patrick Septiers, maire délégué de Moret-sur-Loing (77) et également président du conseil départemental de Seine-et-Marne.

D’un aspect plus général que celui des présidences, quels sont les territoires intercommunaux où des enjeux semblent subsister au 2e tour ? On l’a vu, 2 EPCI ont déjà tous leurs conseillers. 8 autres comptent respectivement 1 seule commune qui vote encore le 28 juin. Sur les 51 EPCI de grande couronne, 33 recensent 3 communes ou moins avec un 2nd tour. Seuls des très grands EPCI comme la CA Roissy Pays de France et, bien sûr, la communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise attendent encore les résultats définitifs de plus de 10 de leurs membres. D’un point de vue proportionnel, 5 EPCI dépassent le tiers de communes qui doivent encore voir désignés leurs conseillers communautaires, tous dans l’agglomération (cf. graphique ci-dessous).

Mais les vraies incertitudes portent, en réalité, sur les territoires où une part significative d’élus intercommunaux est encore en attente d’élection. L’indécision semble, de ce point de vue, réelle dans les CA Plaine Vallée (autour de Montmorency), Rambouillet Territoires, du Pays de Fontainebleau, de Cergy-Pontoise, de Melun Val de Seine et de Saint-Quentin-en-Yvelines. Dans quelques EPCI c’est probablement le seul résultat de la ville-centre – c’est-à-dire des villes petites et moyennes cœurs de territoires ruraux – qui fera l’élection communautaire : Étampes, Moret-sur-Loing, Montereau-Fault-Yonne, Nangis ou encore Dourdan.

MGP : en attendant Paris ?

Dans la Métropole du Grand Paris, 57 des 66 maires élus dès le 1er tour sont des édiles sortants de la précédente mandature. Cette continuité se retrouve chez les nouveaux conseillers métropolitains : 47 des 73 élus dès le 1er tour siégeaient déjà au conseil métropolitain entre 2016 et 2020. Notons que plusieurs maires qui, lors de la mandature précédente, n’avaient pas souhaité s’investir dans la gouvernance métropolitaine et s’étaient fait représenter par un adjoint, vont rejoindre l’hémicycle de la rue de Babylone.

L’évolution de la composition du nouveau conseil de la MGP dépendra-t-elle de Paris et de son contingent de 59 élus métropolitains encore à désigner ? La capitale doit, certes, encore fournir 29 % des futurs conseillers mais, le scrutin se faisant arrondissement par arrondissement, il faudrait que change la majorité politique de plusieurs grands secteurs périphériques, forts pourvoyeurs d’élus, pour que les équilibres de la MGP se trouvent modifiés. Surtout, les 64 autres communes de la MGP qui doivent encore voter le 28 juin permettront de désigner 76 conseillers métropolitains, c’est-à-dire tout de même 37 % des 208 élus que compte cette intercommunalité. Pour autant, dans la majorité de ces villes du cœur d’agglomération, et c’est probablement un premier enseignement de ces élections municipales et intercommunales dans l’ensemble de l’Île-de-France, il ne semble pas que la tendance soit à des évolutions très significatives des équilibres politiques.

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