La marche est aussi un sport

Chronique de la marche et de l'espace public n° 3   Sommaire

17 février 2022

Si la marche est depuis la nuit des temps un mode de locomotion naturel de l’être humain, elle est aussi devenue pour les aristocrates du 17e siècle un loisir, puis à partir du 19e un loisir sportif, voire un sport à part entière selon l’intensité et la finalité qu’on lui donne. Cette chronique s’attache à décrire ses modalités pour les 1,5 million de Franciliens qui en font une activité sportive régulière. Elle s’appuie sur l’exploitation des résultats d’enquêtes sur les pratiques sportives des Franciliens réalisées par l’Institut régional de développement du sport (IRDS, département Sport de L’Institut Paris Region) en 2019 et 2020.

Les Franciliens déclarent la marche (hors déplacements utilitaires1) en troisième activité sportive la plus pratiquée : 18 % des 18-75 ans s’y adonnent au moins une heure par semaine et 11 % au moins trois heures, juste derrière la course à pied (22 % au moins une heure par semaine) et le fitness (21 %). Quel que soit son lieu d’habitation, on marche ! Avec pour principales motivations la santé et le bien-être (73 % des marcheurs), le loisir et la détente (66 %). Dans 70 % des cas, sa pratique est réalisée en-dehors de toute structure (clubs, associations) et sans aucun encadrement (guide, moniteur).
La pandémie de Covid-19 a boosté l’activité. Au cours du premier confinement et le besoin de plein air qui en découlait, la marche, moins pénalisée que d’autres disciplines sportives, a connu un franc succès : 42 % des sportifs l’ont pratiquée contre 31 % auparavant. Au sortir du premier confinement, la marche en milieu naturel figurait ainsi en tête des activités sportives, culturelles et de loisirs que les Franciliens souhaitaient davantage pratiquer2. Fin 2020, 9 % déclaraient souhaiter découvrir cette activité, soit plus de 600 000 nouveaux marcheurs potentiels.

Une activité accessible à tous

On peut être à la fois sportif (61 % des Franciliens font au moins une heure d’activité sportive par semaine) et fournir très peu d’effort physique quotidiennement en raison de la sédentarisation des modes de vie. La marche est alors un bon moyen d’instaurer une activité physique au quotidien comme le préconise de nombreuses études qui ont démontré les bénéfices d’une activité physique et sportive régulière3. À ce titre, la marche est appréciée des professionnels du sport-santé pour inciter des personnes souvent éloignées de la culture sportive, à bouger. Si la marche reste une activité d’intensité modérée4 pour 86 % des marcheurs et s’apparente, pour une partie d’entre eux, à de la promenade ou de la randonnée de loisir, cela n’empêche pas certains d’en avoir une pratique intensive (14 %). Alors que le profil moyen d’un sportif est plutôt un homme, jeune, très diplômé, celui des adeptes de la marche, en tant qu’activité sportive, est moins stéréotypé comme le montre l’infographie ci-contre. Femmes et hommes sont aussi nombreux à marcher, avec une pratique à tout âge. C'est d'ailleurs souvent la seule activité sportive pratiquée avec l’avancée en âge. Enfin, la marche est peu discriminante : 20 % des personnes qui n’ont pas le bac marchent au moins une heure par semaine contre 17 % des personnes ayant au moins le bac. Ce profil est confirmé par le baromètre national des sports de nature5.

En renouvellement constant

Activité sportive et compétitive, même olympique depuis 1952, la marche est une discipline multiple qui se renouvelle constamment. Ces dernières années, la marche nordique, la marche aquatique (longe-côte) ou encore la marche urbaine, pour ne citer que celles-ci, se sont fortement développées. L'apport du numérique a accompagné ce développement : à l’image des autres activités sportives d’itinérance, les marcheurs sont nombreux à avoir recours aux applications connectées (44 %). Depuis un smartphone ou des appareils dédiés (montre, bracelet connecté…), ces outils les aident à organiser leurs sorties, suivre leurs performances (vitesse, distance...), mesurer leur état de santé (fréquence cardiaque…) et se fixer des objectifs. Dans son rapport 2021, la plateforme Strava, une application mobile de partage de sorties (course, vélo, marche…), confirme l’augmentation du nombre de marcheurs et leur intérêt croissant pour le numérique. Ils représentent aujourd’hui en France 10 % des activités enregistrées, contre 3 % avant la pandémie.

La marche comme outil d’appropriation des territoire

Les marcheurs réguliers pratiquent cette activité à proximité de chez eux, et dans une moindre mesure, sur leur lieu de vacances. La moitié d’entre eux revendiquent un besoin de contact avec la nature, contre 30 % pour les autres sportifs. Cependant, ils marchent aussi en milieu urbain, au sein de l’espace public, un moyen de découvrir la ville autrement. Ce phénomène revêt un enjeu d’aménagement indéniable pour les pouvoirs publics.

Vue sur La Défense depuis le belvédère de la butte d'Orgemont. Groupe de randonneurs participant au Sentier panoramique du Grand Paris. Photo : Cécile Mauclair, L'Institut Paris Region

C’est dans ce contexte que de plus en plus de circuits thématiques, y compris urbains, sont créés en faveur d’un développement touristique local, souvent dans un esprit « slow ». Les collectivités s’en saisissent pour créer ou renforcer une identité territoriale, fréquemment appuyées par la Fédération Française de randonnée et ses comités. À titre d’exemples, on peut citer le sentier métropolitain du grand Paris, un parcours de 600 km porté par plusieurs collectivités ou encore la Randonnée des trois Châteaux en Seine-et-Marne. Pour les communes et les intercommunalités, c’est donner l’occasion aux habitants de se rencontrer, de découvrir les contours de leur territoire, son patrimoine architectural, paysager ou encore culinaire, d’aller à la rencontre des producteurs locaux... De son côté, la Région Île-de-France a créé l’application Bougeott pour mettre en avant les atouts du cadre de vie francilien. Grâce à cet outil, l’utilisateur peut choisir la distance, le temps, l’environnement de son parcours et ponctuer son trajet d’étapes culturelles.

Facile d’usage et bénéfique pour la santé la marche est à la croisée de multiples enjeux en matière d’aménagement du territoire, ce qui lui confère indéniablement une attention croissante de la part des collectivités et des élus pour en favoriser la pratique, aussi bien utilitaire que sportive.

Benoît Chardon

Benoit est statisticien à l’Institut régional de développement du sport (IRDS), le département Sport de L’Institut Paris Region. Il mène de nombreuses études sur les pratiques sportives des Franciliens en exploitant les données issues d’un dispositif d’enquêtes mis en place en 2007. Il a publié récemment un dossier de l’IRDS qui dresse le paysage du sport-santé dans la région.

Claire Peuvergne

Directrice de l'Institut régional de développement du sport (IRDS), département Sport de L'Institut Paris Region, Claire est géographe de formation. Son expertise porte sur la sociologie des pratiques sportives, les questions d'équipements, de proximité ou événementiels et sur les liens entre sport et aménagement urbain. Récemment, elle a contribué à l’élaboration du Guide du Design Actif avec l’Agence nationale de la Cohésion des Territoires et Paris 2024.

1. En-dehors des déplacements pour se rendre à son travail, à son lieu d’étude, à un rendez-vous, faire ses achats, voir ses proches…(données 2019)
2. Enquête sur les Franciliens et la Covid-19. L'Institut Paris Region
3. Activité physique : prévention et traitement des maladies chroniques, Coll. « Expertise collective ». EDP Sciences, Inserm, janvier 2019.
4. Nécessitant une petite augmentation de la respiration ou du rythme cardiaque.
5. https://www.sportsdenature.gouv.fr/randonnee-pedestre/observation/pratiquants

Cette page est reliée aux catégories suivantes :
Chronique & dossier | Aménagement | Mobilité et transports | Modes actifs | Pratiques sportives