Les environs de Paris, Nicolas de Fer

Année de parution : 1700 circa

21 juillet 2019

Échelle : 1/89 300   Format : 55 x 79 cm

Les Environs de Paris dressés et dédiés à Monseigneur le Dauphin par son humble Serviteur De Fer, son géographe.

La carte de Nicolas de Fer, cartographe illustre du XVIIe siècle, correspond, signe de la permanence d'une logique spatiale, à un périmètre proche de l'Île-de-France administrative actuelle. Si le tracé de la banlieue est à peu près identique à celui de la carte de Boisseau de 1640, les « environs » indiqués dans le titre ne sont pas vraiment définis, le liséré vert et jaune correspondant à une délimitation non spécifiée. C'est une carte topographique importante par son souci des détails, précisés dans l'avertissement placé en haut à droite (« il y a plus de sept cents positions marquées que dans celle qui a paru la dernière »), avertissement attentionné, probablement à l'usage du dauphin, à qui la carte est dédiée. La carte mentionne les paroisses, mais aussi de nombreux domaines qui en dépendent, aussi bien que des équipements importants comme le grand et le petit parc de Versailles, l'aqueduc des eaux de Rungis (avec l'emplacement des regards), la conduite des eaux de Saclay à Versailles (avec la rigole du plateau), l'aménagement du bois de Boulogne avec ses allées et ses espaces dédiés (la Garenne, la Meute [la Muette]), autant d'initiatives royales. Un petit tableau de légendes, en haut à gauche, distingue clairement les différents types d'occupation du sol (comme les plâtrières) ou la présence de moulins (nombreux autour de Montmartre). Le réseau routier fait état de projets, comme la future place de l'Étoile sur la colline de Chaillot, et indique le nom des voies, parfois de manière pittoresque. Ponts et bacs figurent bien, mais ce degré de précision est quasi inexistant dès que l'on sort du périmètre de la banlieue. Le réseau des rivières (figurées d'un trait ou de deux selon qu'elles sont ou non navigables) est bien détaillé, indiquant les affluents amont (Orge, Yvette, Yerres) ou aval, notamment autour de Saint-Denis et au sud de la butte de Montmorency (Crould, Vieille Mer, Rhosne). Les massifs forestiers ou les bois sont dessinés de manière plus ou moins appliquée ; en revanche, on peut noter la présence des grandes plaines agricoles (Colombes, le plateau de Longboyau, Houilles, Achères). D'un point de vue technique, le cartographe fait mention de la latitude et de la longitude, selon les travaux de triangulation déjà menés par l'Académie des sciences. Ultérieure d'une trentaine d'années, et d'une échelle un peu inférieure, la carte Les environs de Paris à trois lieues à la ronde, issue de la collection d'Anville, est un document intéressant à un double point de vue. Elle propose de cerner les environs de Paris à l'aide d'un compas, ce qui sous-entend que la définition du périmètre, quelques décennies plus tard, reste tout aussi floue et qu'elle peut s'envisager au hasard de la simple géométrie, inscrite dans un cercle, avec Paris comme centre. Il s'agit en tout cas d'un périmètre plus large que celui jusqu'alors qualifié de banlieue. Les deux cartes montrent donc la difficulté de définir cet hinterland de Paris avec précision, espace social, voire économique, dont le périmètre change avec ce que les auteurs veulent prouver ou évoquer. À mesure que la capitale s'étend, les représentations des territoires qui l'entourent correspondent à des besoins différents. Seule une vision administrative et fonctionnelle parvient à fixer des limites cohérentes entre divers ressorts qui se complètent encore plus qu'ils se chevauchent, car la ville a besoin de sa banlieue proche comme de territoires plus lointains. Sans doute à cause de son graphisme original, la carte a connu de multiples rééditions surchargées, la plus célèbre (voir 1790) étant la tentative de nouveau découpage administratif du département de la Seine par les révolutionnaires, surchargée de tracés maladroits au crayon de couleur et indicative des interrogations et des opinions différentes sur la place de Paris à l'aube de la Révolution.