Les environs de Paris, Alexis-Hubert Jaillot

Année de parution : 1696

22 juillet 2019

Format : 61 x 47 cm

Nova Territorii Parisiensis tabula ad usum Serenissimi Burgundiae Ducis.
Les environs de Paris a l'Usage de Monseigneur le duc de Bourgogne par son tres Humble et tres Obeissant Serviteur H. Iallot.

Cette carte due à Alexis-Hubert Jaillot (1632-1712), membre d'une célèbre dynastie de cartographes parisiens, est à la fois topographique et administrative, basée sur les subdivisions de la Généralité de Paris. Chacune des Élections mentionnées (la Généralité en comptait vingt-deux) est délimitée par un jeu de couleurs qui renforce la lisibilité du document. Cette carte reste très intéressante de nos jours pour situer les communes dans leur contexte territorial ancien et l'on peut facilement se repérer en suivant le réseau des rivières principales (et leurs nombreux affluents), bien dessinées avec leurs ponts et leurs îles. Le réseau routier ne figure pas, le relief est quasi inexistant, même si quelques indications sont données (la butte de Chaumont) à l'est de Palaiseau, le Tertre à Suresnes [le mont Valérien] ou encore Montmartre). En revanche, les massifs forestiers sont présents. Tout cela rend bien compte de l'échelle des valeurs dans la France d'Ancien Régime. Le bois est une ressource essentielle (construction, chauffage) et les forêts royales elles-mêmes sont une source de revenus pour le souverain, qui dispose, grâce à l'ordonnance de Colbert de 1669, du premier code forestier. La représentation de Paris est intéressante. En rouge, la ville est figurée dans les limites de ses anciennes défenses. En vert, le phénomène de l'extension urbaine apparaît clairement, avec la projection de certains axes vers l'est comportant un arc de triomphe qui devait solenniser la route menant à Vincennes. C'est déjà, sous-jacent et malgré l'échelle de la carte, un plan d'extension de Paris et l'esquisse de grands travaux décoratifs. Vers l'ouest, Versailles et son petit parc sont bien délimités, mais la future ville royale n'est pas encore esquissée. Cette carte peut être mise en relation avec celle datée de 1710, gravée par Matthieu Seutter, célèbre graveur (1678-1757) actif à Augsbourg, en Allemagne, foyer dès le XVe siècle d'une cartographie à l'échelle européenne. La carte repose sur un découpage administratif plus local, où réapparaît la limite de la banlieue de Paris (marquée par un pointillé circulaire). Plusieurs voies routières sont portées, notamment celles qui, ancêtres de nos nationales actuelles, rayonnent depuis Paris. A contratio, les voies internes de la capitale ne sont plus visibles alors que le cardo était encore plus ou moins esquissé sur le document de Jaillot. Changement donc de paradigme : ce n'est plus tant la grande ville qui s'offre au regard admiratif que la ville centre vers qui rayonnent de nouveaux axes. Il n'est plus question de voie triomphale vert l'est. La carte de Seutter donne quelques reliefs (plaine de Versailles, coteaux de Saint-Cloud...), mentionne la machine de Marly (dont seul l'aqueduc figure) et fait état du tracé d'avenues qui traversent la forêt de Saint-Germain. Le terme d'Ivelyne, figurant un pays dans la carte de Templeux en 1600, qualifie désormais le bois situé au sud de Rambouillet.