Le profil des demandeurs d’emploi : des disparités dans les perceptions et le vécu des freins à l’emploi
Les moins de 40 ans cumulent les freins à l’emploi
L’analyse par âge montre que les demandeurs d’emploi franciliens de moins de 40 ans perçoivent et rencontrent davantage d’obstacles à l’emploi que leurs homologues de plus de 40 ans.
Ils identifient davantage de freins majeurs en termes de compétences : un manque d’expérience (51 %, contre 36 % des 40 ans et plus), des compétences qui ne correspondent pas aux besoins du marché (46 %, contre 29 %) et l’absence de maîtrise des outils numériques et informatiques (43 %, contre 29 %). Au total, ils sont également 79 % à déclarer avoir déjà rencontré des difficultés à trouver un emploi en raison d’un manque ou d’une inadéquation de compétences, contre 62 % des 40 ans et plus. De façon logique, la différence est particulièrement marquée sur la question de l’absence d’expérience professionnelle (58 %, contre 28 %). Le manque de confiance en soi, qui peut être lié au manque d’expérience, est aussi davantage éprouvé par les plus jeunes (46 %, contre 28 %).
Ils mettent également davantage en avant la plupart des freins périphériques, qu’il s’agisse de difficultés liées au lieu de résidence, des situations de précarité, ou encore des freins liés à l’origine, comme le fait d’avoir un nom ou un prénom à consonance étrangère.
En revanche, ils ne voient pas encore la santé et la vie familiale comme des freins à l’insertion professionnelle, et en ont aussi moins fait l’expérience : 94 %, contre 79 % des plus de 40 ans, disent ne pas avoir rencontré de difficultés à trouver un emploi liées à la vie familiale ; ils sont 93 % (contre 82 %) concernant les difficultés liées à la santé.
Des perceptions peu genrées, des situations familiales qui pèsent pourtant plus sur les femmes
Les différences de perception entre les femmes et les hommes sont faibles. Certaines nuances apparaissent sur les questions de mobilité, notamment : les femmes citent plus souvent comme frein le fait d’habiter à la campagne (24 %, contre 10 %), tandis que les hommes mettent davantage en avant l’absence de permis de conduire ou de voiture (23 %, contre 12 %). Les hommes déclarent également plus fréquemment le manque de confiance en soi (50 %, contre 30 %) et une situation financière tendue (29 %, contre 13 %) comme freins majeurs à l’emploi.
Lorsqu’il s’agit des difficultés effectivement éprouvées à la recherche d’un emploi, il est toutefois notable que les femmes déclarent significativement plus souvent que les hommes celles liées à la vie familiale (35 %, contre 19 %). En particulier, elles sont 31 % à évoquer avoir déjà rencontré des difficultés à trouver un emploi du fait d’avoir des enfants sans possibilité de les faire garder, contre 15 % des hommes. Liées aux contraintes familiales, les concessions que sont prêts à faire les demandeurs d’emploi pour trouver un emploi apparaissent également genrées : les hommes se disent davantage prêts à accepter des conditions de travail avec des horaires décalés (68 %, contre 40 %) et des changements de planning de dernière minute (50 %, contre 36 %).
En Île-de-France, la situation financière et le niveau de diplôme jouent fortement
Enfin, le niveau de diplôme des demandeurs d’emploi influence fortement la perception des freins. Les personnes les moins diplômées (aucun diplôme à infra-bac) citent globalement moins souvent l’existence de freins majeurs, que ce soit en termes de compétences ou de freins périphériques. Dans les faits, ils rencontrent pourtant plus souvent des difficultés à trouver un emploi en raison de leur situation précaire : être demandeurs d’emploi depuis plusieurs années (35 % des moins diplômés déclarent avoir vécu cette difficulté, contre 19 % des demandeurs d’emploi ayant un diplôme du supérieur) ; avoir des problèmes de santé (37 %, contre 16 %) ; être parent isolé (21 %, contre 10 %) et vivre dans un logement précaire (22 %, contre 7 %). Les personnes de niveau de diplôme intermédiaire (bac et bac+2) mettent davantage en avant les freins périphériques comme le lieu d’habitation, les freins liés au profil, ainsi que les difficultés financières, mais eux personnellement ne rencontrent pas plus ces difficultés que les autres. Les plus diplômés (bac+3 et plus) soulignent plus souvent les enjeux liés aux compétences et à l’expérience, à l’ancienneté dans le chômage, ainsi que la vie familiale. Dans leur vécu, ils déclarent effectivement davantage de difficultés en rapport avec leur manque d’expérience professionnelle. Ils déclarent également plus souvent avoir rencontré des obstacles du fait de leur jeune âge ou du fait d’être une femme.
Les demandeurs d’emploi dont la situation financière est dégradée (« bouclent difficilement leur fin de mois ») identifient plus souvent le manque de compétences comme un obstacle rendant presque impossible de trouver un emploi. Dans les faits, ils cumulent les difficultés d’accès à l’emploi. Ainsi, ils déclarent presque systématiquement davantage avoir rencontré des difficultés à trouver un emploi que les demandeurs d’emploi sans difficultés financières, en particulier aux motifs d’inadéquation de compétences (55 %, contre 34 %), de difficultés à s’exprimer ou écrire en français (19 %, contre 4 %), d’être demandeur d’emploi depuis plusieurs années (35 %, contre 14 %), et pour l’ensemble des freins psychologiques (68 %, contre 48 %) et familiaux (35 %, contre 13 %). Ils déclarent également plus souvent avoir dû renoncer à un emploi du fait de leur profil ou d’une discrimination (âge, genre, origine) que les autres (37 %, contre 24 %), ainsi que du fait de difficultés familiales ou sociales (30 %, contre 8 %).