Que sont devenus les maires de 2020 ?

Chronique du paysage politique francilien n° 9   Sommaire

11 mars 2026ContactIsabelle Zugetta, Léo Fauconnet

La « crise des maires » est désormais un thème souvent évoqué au sujet de la démocratie locale. La presse se fait régulièrement l’écho des grandes difficultés auxquelles font face les édiles : complexification juridique de l’action et accroissement des responsabilités qui l’accompagnent, étranglement financier sous la contrainte de l’État, renforcement des attentes des citoyens se comportant comme des usagers-consommateurs. Ce constat prend même parfois des dimensions dramatiques, avec le meurtre d’un maire du Var en 2019 sur fond de lutte contre les dépôts sauvages de l’industrie du bâtiment, ou des affaires d’intimidation et de corruption liées à la montée du narcotrafic. Pour sa part, le Centre de la vie politique française de Sciences Po, qui documente régulièrement la situation française, fait le constat du caractère « éprouvant »1 du mandat qui s’achève.

Celui-ci, on s’en rappelle, a débuté en retard, dans le chaos d’un deuxième tour des élections municipales de 2020 décalé de mars à juin pour cause de confinement, puis a été profondément marqué par deux premières années de gestion de proximité de la pandémie de Covid-19. Avant même cette situation très particulière, nous faisions le constat, au lancement de cette série de chroniques il y a un peu plus de 6 ans, que l’Île-de-France connaissait un mouvement, encore plus marqué qu’ailleurs dans le pays, de « turnover » des maires2. Les données très complètes que l’Institut Paris Region constitue sur les élus locaux franciliens nous permettent d’actualiser ce bilan. Alors que nombre des maires historiques de la banlieue parisienne souhaitent continuer à servir pour un mandat municipal supplémentaire, constate-t-on une crise des vocations à l’échelle de nos 1 266 communes ?

Les maires ont un peu moins « bougé » que lors de la mandature précédente

Comptabiliser et connaître les raisons des changements de premiers magistrats n’est pas chose aisée. L’ensemble des motifs ne sont pas renseignés dans la base de données du Répertoire national des élus (RNE). L’Institut Paris Region assure une analyse périodique de cette source, ce qui permet de recenser les communes qui ont connu plusieurs changements entre juillet 2020 et octobre 2025. Une bonne partie des informations provient d’un suivi qualitatif de la presse, notamment locale. Enfin, alors que la mandature qui s’achève a vu la médiatisation de mises en retrait de maires pour des causes qui s’apparentent au « burn-out », des travaux de recherche commencent à être conduits sur ce sujet3.

En Île-de-France le nombre de changements de maires, ou de maires réélus après de nouvelles élections municipales, en un peu plus de 5 ans, se chiffre à 181 pour 167 communes concernées. Cela signifie que 13,2 % des communes de la région ont connu cette situation (sachant que 12 communes ont été concernées par plusieurs changements durant la mandature). Entre 2014 et 2018, nous en comptabilisions 14,6 %. Cette tendance à la baisse, à rebours de celle constatée au niveau national4, est peut-être même un peu sous-estimée du fait de l’amélioration de notre méthode de suivi entre les deux mandants municipaux. Elle est d’autant plus notable que la période a connu, à l’inverse, une forte instabilité politique – avec deux renouvellements complets de l’Assemblée nationale, deux renouvellements partiels du Sénat et sept gouvernements différents, ainsi que des élections départementales, régionales et européennes – ce qui, au regard des règles et pratiques en matière de cumuls de mandats, a forcément généré des démissions de maires franciliens.

Nos données ne permettent pas une comparaison termes à termes entre les situations nationales et de l’Île-de-France. Notons tout de même que, si l’on ne considère que les démissions volontaires non suivies d’une réélection, ce sont 7,3 % des maires de la région qui sont concernés (93 édiles), contre 6 % à l’échelle de la France entière5. Quels que soient les chiffres utilisés, comme en 2020, l’Île-de-France apparaît toujours légèrement au-dessus des moyennes nationales.

Cela est cohérent, dans une région très urbaine (94,6 % de la population), avec le fait que le turnover des maires est un phénomène plus marqué dans les communes peuplées. Ainsi, contrairement à l’idée selon laquelle les renoncements seraient d’avantage le fait de maires de petites villes sans moyens, on enregistre, sur la mandature qui s’achève, 16,5 % de démissions dans les communes urbaines d’Île-de-France contre 9,3 % chez leurs homologues rurales6.
 

Des changements de maires aux motifs variés

Nos données mettent en avant une grande majorité de démissions que l’on peut considérer comme « volontaires » ou pour « motifs personnels ». Mais parmi les 93 cas recensés entre 2020 et 2025, il existe tout de même une diversité de situations : des départs pour raisons de santé, parfois des successions « accompagnées » avec l’intronisation d’un dauphin en cours de mandat.

Les autres motifs – décès, dissensions au sein de la majorité municipale, choix d’un autre mandat – apparaissent dans des proportions identiques entre elles. La relative faiblesse du motif de démission pour cause de condamnation à une peine d’inéligibilité ou suite à une annulation d’élection est trompeuse : il faut ajouter 11 maires également concernés mais réélus par la suite.

On peut noter que les démissions ont touché beaucoup plus fortement les maires inexpérimentés. Alors que les élections de 2020 avaient vu élire 456 nouveaux maires (taux de renouvellement de plus d’un tiers), 54,7 % des changements enregistrés ensuite, entre 2020 et 2025, ont concerné des édiles en charge depuis moins de 5 ans.

Notons également, que les femmes maires ont été moins nombreuses à démissionner que leurs homologues masculins : 15,3 % du total des maires démissionnaires, alors qu’elles représentaient 20,5 % de l’ensemble des édiles franciliens en 2020. Durant la mandature, leur part a connu une légère progression pour passer à 24,3% des premiers magistrats. L’âge moyen a connu une stabilité, maintenu à 63 ans, malgré le vieillissement naturel des élus de 2020.

Les maires sortants se représentent massivement, surtout au sein de la MGP

En 2020, nous recensions 915 maires franciliens sortants de nouveau candidats aux élections municipales . En 2026, ils sont 938, soit 74 %, à se représenter. Là non plus, les chiffres (issus des listes enregistrées par le ministère de l’intérieur ) ne vont pas dans le sens de la désaffection et du désengagement. Notons que sur les 328 maires actuels qui ne sont pas tête de liste, 85 occupent, tout de même, une position sur des listes et 243 ne sont candidats sur aucune liste.

Mais c’est en grande couronne que les maires se renouvelleront le plus : la Seine-et-Marne enregistre le plus fort taux de renoncement, à 28,6 % ; les trois autres départements émargent à au moins un quart de maires qui « raccrochent ». Dans les communes strictement rurales, ce taux monte à près d’un tiers ! A l’inverse, dans les communes des trois départements de petite couronne, 83% des sortants « rempilent ».

Notons, au passage, qu’il y a peu de chances que ces scrutins améliorent la parité parmi les édiles franciliens. L’Île-de-France comptait, fin 2025, 308 femmes maires pour 1 266 communes. Un peu moins de 30 % des têtes de listes sont féminines au premier tour de 2026, soit une part absolument égale à celle constatée 6 ans plus tôt.

Du point de vue du nombre global de candidatures, les données sont également plutôt « rassurantes ». Certes, les modes de scrutin ont pour partie changé (avec la généralisation des listes même dans les plus petites communes et le dédoublement de l’élection à Paris (cf. encadré) mais l’engagement reste massif : on compte ainsi, sans compter les arrondissements parisiens, 2 269 listes (contre 2 242 en 2020) comprenant 76 816 candidats (82 578 en 2020). Une seule commune (Lissy en Seine-et-Marne) n’a vu aucune liste être homologuée par le préfet. Partout ailleurs, le nombre de liste apparaît relativement corrélé au gradient de densité urbaine et humaine de la région. Seules 5 communes situées dans la Métropole du Grand Paris n’enregistrent qu’une liste ; alors que cela concerne 456 communes en-dehors de l’agglomération parisienne. Plus de 90% des communes de la périphérie de la région ne comptabilisent qu’une ou deux listes et devraient donc voir leurs conseils municipaux pourvus dès le dimanche 15 mars 2026 au soir.

Ce qui a changé pour les modes de scrutin

Désormais toutes les communes de France ont un scrutin de liste proportionnel et paritaire à deux tours. Il n’est désormais plus possible de panacher les candidats et de présenter des candidats hors listes comme c’était encore le cas en 2020 dans les communes de moins de 1 000 habitants.

Partout, si au 1er tour une liste obtient la majorité absolue des suffrages exprimés elle reçoit la moitié des sièges à pourvoir (prime majoritaire de 50 %). Les autres sièges sont répartis à la représentation proportionnelle à la plus forte moyenne entre toutes les listes ayant obtenu plus de 5 % des suffrages exprimés (y compris la liste arrivée en tête), en fonction du nombre de suffrage obtenus. Les votes blancs ne sont pas pris en compte dans les suffrages exprimés. Si aucune liste n’obtient la majorité absolue, un second tour est organisé. Seules les listes ayant obtenu au premier tour au moins 10 % des suffrages exprimés sont autorisées à se maintenir. Elles peuvent connaître des modifications, notamment par fusion avec d’autres listes pouvant se maintenir ou fusionner. Les listes ayant obtenu au moins 5 % des suffrages exprimés peuvent fusionner avec une liste ayant obtenu plus de 10 %. Au second tour, la liste arrivée en tête, avec ou pas de majorité absolue, bénéficie de la prime majoritaire de 50 % des sièges puis les 50 % restant sont répartis entre l’ensemble des listes (à la proportionnelle à la plus forte moyenne).

Pour Paris (qui n’est pas une commune mais une collectivité à statut particulier dotée d’un maire), deux scrutins distincts ont dorénavant lieu : pour désigner, d’une part, les conseillers d’arrondissements et, d’autre part, les conseillers de Paris. Ces deux scrutins obéissent aux mêmes règles que dans les communes de droit commun, à la différence près que celui pour le conseil de Paris voit l’application d’une prime majoritaire de 25 % (et non 50 %).

Les mêmes règles qu’en 2020 s’appliquent pour l’élection des conseillers communautaires. Ceux-ci sont fléchés dans les listes communales. Au sein de la MGP, les scrutins pour le conseil de Paris et pour les conseils municipaux flèchent les élus vers le conseil métropolitain. Les conseillers de territoires des établissements publics territoriaux (EPT), contrairement aux élus intercommunaux de droit commun, sont composés pour partie des conseillers métropolitains et, pour le reste, d’élus désignés directement par délibération des conseillers municipaux.

1. « L’état d’esprit des maires à quelques mois des municipales 2026 », Enquête AMF-CEVIPOF / Sciences Po 2025, Martial Foucault et Pierre-Henri Bono, novembre 2025
2. https://www.institutparisregion.fr/gouvernance/chroniques-du-paysage-politique-francilien/une-crise-des-maires-en-ile-de-france/
3. Olivier Torrès et Mathieu Le Moal, Université de Montpellier et Observatoire Amarok, « Du risque de burnout au bien-être des maires français : sortir de l’ignorance » ; Didier Demazière et Jérôme Pélisse, Centre de sociologie des organisations, « Être maire aujourd’hui. Engagés, débordés, malmenés : quels effets sur la santé ? »
4. Martial Foucault, « Les démissions de maires : enquête sur un phénomène sans précédent », Observatoire de la démocratie de proximité AMF-Cevipof / Sciences Po, juin 2025
5. Martial Foucault, « Les démissions de maires : enquête sur un phénomène sans précédent », Observatoire de la démocratie de proximité AMF-Cevipof / Sciences Po, juin 2025
6. La distinction entre communes considérées comme « urbaines » ou « rurales » s’appuie sur la grille de densité définie par l’Insee 
7. https://www.institutparisregion.fr/gouvernance/chroniques-du-paysage-politique-francilien/tout-ce-que-vous-devez-savoir-sur-les-elections-municipales-et-intercommunales-2020-en-ile-de-france/
8. https://www.interieur.gouv.fr/actualites/actualites-du-ministere/elections-municipales-et-communautaires-2026-publication-des-candidatures-du-1er-tour
 

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