Populations et logements face aux crues en Île-de-France

Analyse des enjeux en 2025

01 juin 2026ContactLudovic Faytre

L’importance et la concentration des enjeux (population, habitats, activités économiques, infrastructures…) potentiellement exposés à une crue majeure font du risque d’inondation par débordement de la Seine et de ses principaux affluents (Marne, Oise, Loing et petites rivières) le principal risque naturel auquel est exposé le territoire francilien. En impactant potentiellement l’ensemble des communes riveraines à l’échelle de l’agglomération parisienne et de l’Île-de-France, un tel événement aurait un impact considérable sur la vie sociale et économique de la région, affectant, à des degrés divers, plusieurs millions de personnes, ce qui en fait l’une des catastrophes naturelles les plus redoutées en France par les acteurs de la prévention des risques naturels et de la gestion de crise. 
La présente étude s’inscrit dans le cadre du deuxième cycle (2023-2028) de la Stratégie locale de gestion du risque inondation (SLGRI) francilienne, qui fixe notamment des objectifs en termes de connaissance de l’évolution des populations exposées (indicateur prioritaire) afin de répondre au suivi de plusieurs orientations stratégiques :

  • « 1.4 - Approfondir les connaissances sur les conséquences directes et indirectes des inondations sur les différents enjeux »
  • « 5.1 - Réduire les impacts indirects liés aux dysfonctionnements des réseaux (réduction des coupures hors zones inondées, réduction des délais de retour à la normale) ».

La connaissance du nombre de logements et des populations résidantes en zones inondables constitue en effet l’un des premiers indicateurs de l’exposition et de la vulnérabilité potentielle d’un territoire aux risques d’inondation.

Les travaux engagés par l’Institut Paris Region sur la base des dernières données disponibles (fichiers fonciers, DGFiP 2023, ZIP/ZICH+, DRIEAT 2025) permettent de mieux territorialiser et caractériser l’exposition des enjeux humains (populations résidentes, logements) et son évolution.

Plus de 550 000 logements et un million d’habitants en zone inondable (ZI-IDF)

Pour un niveau de crue majeure d’occurrence centennale (zones inondables en Île-de-France – ZI-IDF)1 , les analyses révèlent la forte sensibilité de l’habitat francilien : près de 555 500 logements (environ 9,2 % du parc régional) sont potentiellement exposés aux inondations par débordement. La part très majoritaire de logements collectifs constitue l’une des caractéristiques de cette exposition : plus de 85,6 % (476 000 logements) sont localisés dans des immeubles à usage d’habitat ou à usage mixte (commerces, équipements éducatifs ou sociaux, bureaux...). La population résidente reflète l’importance des enjeux de l’habitat : plus d’un million de personnes (1,061 million), soit 8,4 % de la population francilienne (12,4 millions d’habitants en 2022), vivent en zones inondables. Près des trois quarts (782 600 habitants, 73,7 %) s’inscrivent dans les territoires densément peuplés de Paris et de la petite couronne. Avec près de 94 500 logements (196 800 habitants), le parc social représente une part notable (17,0 %) du parc de logements potentiellement exposés.
Le niveau de risque est particulièrement important : près de 40 % (217 000) des logements en zones inondables, accueillant 431 000 habitants, sont exposés à des niveaux d’aléas forts (hauteur de submersion entre 1 et 2 mètres) à très forts (hauteur de submersion supérieure à 2 mètres), correspondant à des durées de submersion de plusieurs jours.

Une forte concentration des enjeux sur l’axe Seine

Le parc de logements en zones inondables s’inscrit essentiellement dans les lits majeurs de la Seine (446 000 logements, 80,3 %) et de la Marne, son principal affluent, (72 500, 13,0 %), qui constituent les principaux bassins de risques en Île-de-France. En termes de populations, avec respectivement 836 000 et 150 000 habitants, les vallées de la Seine et de la Marne concentrent près de 93 % des enjeux humains potentiellement exposés aux risques d’inondation par débordement en Île-de-France. Le tronçon de la vallée de la Seine entre Juvisy (91) et Achères (78), qui traverse l’agglomération centrale dans sa partie la plus densément peuplée, concentre à lui seul 69,0 % (731 900 habitants) de la population francilienne potentiellement exposée. Les autres vallées alluviales franciliennes présentent proportionnellement des enjeux beaucoup moins importants. 

L’approche par grandes entités territoriales (SDRIF-E 2040) consolide cette géographie de l’exposition des populations. Avec respectivement 324 500 habitants dans l’hypercentre (Paris et quelques communes limitrophes) et 447 900 dans le cœur d’agglomération (première couronne élargie), la zone centrale de l’agglomération parisienne, caractérisée par ses très fortes densités de population et de logements, concentre 72,8 % de la population potentiellement exposée aux inondations majeures en Île-de-France. Cette exposition est beaucoup plus faible dans les communes de l’espace rural de l’Île-de-France : moins de 65 300 habitants sont recensés en zones inondables (6,1 % de la population exposée), se concentrant majoritairement (38 500 habitants) dans les villes moyennes (Meaux, Montereau-Fault-Yonne, Nemours, Coulommiers…) de la couronne rurale.

Les chiffres, très élevés à l’échelle de l’agglomération parisienne et de la région Île-de-France, ne reflètent pas des situations très variables, et peuvent se révéler particulièrement sensibles à l’échelle communale. Les 15 communes et arrondissements les plus exposés, tous localisés dans les départements de Paris et de la petite couronne – à l’exception de Chelles (77) –, totalisent 46,4 % (480 300 habitants) de la population vivant en zones inondables en Île-de-France ; toutes ces communes sont concernées à hauteur de plus de 20 000 habitants. Alfortville (94) est la commune la plus exposée d’Île-de-France, avec la quasi-totalité de son territoire et de sa population (99,5 %, 45 350 habitants) impactés par les inondations de la Seine et de la Marne en cas de crue majeure.

 

 

Une évolution constante de la construction de logements en zones inondables

Depuis le début des années 2000, période à laquelle ont été mis en œuvre les premiers Plans de prévention des risques d’inondation (PPRi) en Île-de-France, plus de 103 000 logements ont été construits/livrés en zones inondables (aléas PPRi). Ce parc récent représente aujourd’hui plus de 18,6 % des logements potentiellement exposés ; il se caractérise par la part très significative (93,3 %, 96 150 logements) de l’habitat collectif. 
Cette évolution du parc de logements en zones inondables s’inscrit aujourd’hui essentiellement dans le cadre des processus de densification (tissus de l’habitat) et de mutation du tissu urbain (requalification de friches industrielles ou d’activités) liés à la recomposition de la zone dense. Confrontée à la forte demande de logements, à la rareté des espaces disponibles et à la pression foncière, la requalification de nombreux territoires passe, dans un contexte de désindustrialisation progressive, par la mutation d’anciens sites industriels et la reconstruction de zones d’habitat et d’équipements. Plusieurs centaines d’hectares sont concernés en Île-de-France, mais une grande partie de cette offre foncière, notamment en proche couronne, s’inscrit le long de la voie d’eau, sur les sites historiques du développement industriel.
Cette évolution est très territorialisée. 70 % de la construction de logements en zones inondables s’est développée au cœur la métropole parisienne dans l’hypercentre (27 500 logements, 26,8 %) et le cœur d’agglomération (45 500, 44,1 %). Plus généralement, l’agglomération parisienne accueille près de 93 % de ces constructions nouvelles. La pression de l’urbanisation se traduit plus particulièrement sur certaines communes et arrondissements parisiens de l’agglomération centrale. Les quinze communes qui enregistrent le plus haut niveau de constructions sur la période 2000-2022 sont quasiment toutes localisées dans l’hypercentre ou le cœur de l’agglomération parisienne – à l’exception de Meaux (77). Ces quinze communes totalisent, avec plus de 53 000 logements (97 % de logements collectifs), plus de la moitié (51,7 %) de la construction récente en zones inondables.

 

Nombre de logements construits en zones inondables (ZI-IDF) par grande entité territoriale entre 2020 et 2022 (date de livraison)

Sources : DRIEAT, DGFiP 2023, traitement L'Institut Paris Region

 

Une évolution progressive des enjeux en zones inondables selon les scénarios de crues

L’exploitation des scénarios de crue (ZIP/ZICH+, DRIEAT 2023)2 permet d’affiner la lecture de l’exposition des enjeux humains (populations et logements) dans les grandes vallées franciliennes (Seine, Marne, Oise et Loing).
Si à l’échelle régionale, pour les scénarios de crue fréquente (occurrence décennale à trentennale), les estimations révèlent des volumes de populations exposées relativement faibles – de l’ordre de quelques centaines à quelques milliers d’habitants et de logements, essentiellement dans les territoires ruraux –, les impacts deviennent beaucoup plus significatifs à partir des scénarios de crue d’occurrence cinquantennale (76 000 logements, 159 000 habitants), avec de premiers impacts dans les zones périurbaines et dans l’agglomération centrale.
Les enjeux deviennent extrêmement élevés pour une crue de référence, du niveau de la crue historique de 1910 à Paris (crue d’occurrence centennale à tri-centennale). Dans ce scénario, ce sont près de 777 000 habitants et 385 600 logements (dont 64 400 logements individuels) qui sont recensés avec un impact très fort dans les communes du cœur d’agglomération (près de la moitié de l’exposition) mais aussi dans l’hypercentre, avec une inondation potentielle des berges de Seine dans les arrondissements périphériques parisiens.
Pour le scénario maximal étudié, supérieur de 15 % au débit de la crue de 1910 et qui voit une part importante du système de protection des digues et murettes parisiennes également submergé, la situation est encore aggravée, avec plus de 343 000 habitants supplémentaires dépassant le seuil du million (1,12 million), réparties à 82,2 % sur l’axe Seine (921 000 habitants, 476 000 logements) et 15,4 % (172 000 habitants, 84 000 logements) sur l’axe Marne.

Des impacts indirects des fragilités de réseaux très majorants

Dans le cas de crues importantes ou majeures, de nombreux équipements et réseaux critiques localisés en bordure de la Seine, de la Marne ou de l’Oise seront impactés, directement ou indirectement : postes sources électriques, usines de production d’eau potable, installations de traitement des déchets ou des eaux usées, installations de stockage d’hydrocarbures, data centers... L’arrêt ou le dysfonctionnement de ces installations pourraient rendre encore beaucoup plus complexes les conditions de vie dégradées (absence d’électricité, de chauffage, d’assainissement…) et d’approvisionnement (en eau potable, notamment) pour plusieurs dizaines, voire centaines, de milliers d’habitants supplémentaires, mais aussi fragiliser la continuité d’activité des services publics de proximité (établissements de santé ou sociaux), qui jouent un rôle essentiel en tant que soutien aux populations en période de crise, et bien sûr, pour la poursuite des activités économiques. 
Ces fragilités de réseaux (Zones impactées non inondées - ZINI)3 se traduisent par des impacts très majorants dès les scénarios de crue d’occurrence cinquantennale. Aux 159 000 habitants potentiellement exposés en zones inondables s’ajoutent plus de 474 000 habitants impactés par des zones de fragilité, qui se concentrent dans le cœur d’agglomération (217 000 habitants, 45,7 %) et dans les secteurs périurbains de la couronne d’agglomération (144 600, 30,6 %). Au total, près de 5,1 % de la population régionale (633 000 habitants) est impactée directement ou indirectement dans ce scénario de crue. 
Les enjeux deviennent extrêmement élevés pour une crue de référence, du niveau de la crue historique de 1910 à Paris (crue d’occurrence centennale à tri-centennale). Dans ce scénario (R1.00), ce sont près de 938 000 habitants qui sont recensés dans les zones de fragilité de réseaux, avec un impact très fort dans les communes du cœur d’agglomération (352 000 habitants, 37,5 %), mais aussi dans l’hypercentre (305 000, 32,0 %). Avec les 777 000 habitants en zones inondables, la population régionale est exposée au total à hauteur de 13,8 % (1 715 000 habitants). 
Pour le scénario maximal étudié, supérieur de 15 % au débit de la crue de 1910 et qui voit une part importante du système de protection des digues et murettes parisiennes également submergé, la situation est encore aggravée, avec plus de 300 000 habitants supplémentaires dépassant le seuil du million (1,24 million). La zone centrale (hypercentre et cœur d’agglomération) concentre près des trois quarts (857 000 habitants) des enjeux humains en zones de fragilité. L’impact cumulé des habitants en zones inondables et en zones de fragilité approche les 2,36 millions d’habitants (19,0 % de la population régionale).■

 

 

 

1. Cette cartographie correspond à l’extension des zones inondables pour une crue d’occurrence centennale (sourcée ZI-IDF) ; elle agrège les zones inondables issues des PPRi, des PHEC et des PSS pour une approche globale sur l’ensemble des communes riveraines de la Seine, de la Marne, de l’Oise et de leurs principaux affluents.
2. Les données ZIP/ZICH (Zones d’inondation potentielles / Zones iso-classes hauteurs) et ZICH+ (zones inondables prenant en compte la propagation liée au réseau d’assainissement) permettent de préciser l’évolution de l’exposition selon dix scénarios de crue afin de préparer la gestion de crise, à l’échelle de quatre principaux bassins de risque : la Seine en aval de Montereau, la Marne, l’Oise et le Loing en Île-de-France. Les données ZIP/ZICH prennent en compte les ouvrages de protection locaux (digues et murettes).
3. Les données ZINI (Zones impactées non inondées) traduisent les zones indirectement impactées par les fragilités des réseaux structurants (électricité, eau potable, chauffage urbain, gaz) du fonctionnement métropolitain.

 

Voir aussi

Chroniques des crues et inondations en Île-de-France

Territoire inondable : chiffres clés, vidéos 3D, carte interactive, interviews

 

 

Cette étude est reliée aux catégories suivantes :
Environnement urbain et rural | Risques naturels et technologiques