Abris climatiques en cas de canicule
Cette étude a été confiée à l’Institut Paris Region en 2022 par le Conseil régional d’Île-de-France pour étayer une mesure de prévention-gestion de crise. Ce premier inventaire régional des espaces refuges potentiels en cas de canicule et l’analyse de cette offre pour créer un maillage des lieux de fraîcheur accessibles à moins de 10 minutes à pied pour les Franciliens répond à un questionnement du Conseil régional d’Île-de-France, matérialisé par la mesure 1.1 de son Plan de protection, de résistance et d’adaptation de la Région Île-de-France face au changement climatique (Pracc) de septembre 2022.
L’Institut Paris Region a livré un premier inventaire détaillé dès juillet 2023 des sites et équipements relevant de la définition d’abri climatique pouvant potentiellement rafraîchir. Cet inventaire a conduit à l’élaboration du service « Trouver les abris climatiques pour se rafraîchir en Île-de-France » de la plateforme ISS de la Région, porté dès l’été 2024 pour les Jeux olympiques et paralympiques (JOP). Cet outil grand public a été particulièrement référencé cet été lors des épisodes de canicule.
En définissant ce qui relève potentiellement d’un abri climatique, en les inventoriant, en étudiant le niveau de dotation territoriale et les secteurs les plus carencés pour les Franciliens, l’étude contribue à nourrir l’objectif régional de création d’un maillage de lieux de fraîcheur accessibles pour tous les Franciliens en cas de canicule.
Elle confronte la dotation territoriale en abris climatiques de deux natures différentes – les équipements (espaces fermés accueillant du public et pouvant s’avérer rafraîchissants tels que les piscines, cinémas, médiathèques, mairies, grandes gares, grandes surfaces…) et les espaces ouverts ombragés (espaces verts avec un taux de végétation arborée suffisant, berges végétalisées accessibles, lieux publics avec présence d’eau…) – aux mailles habitées, en tenant compte de leur densité de population. En outre, la capacité d’accueil des équipements et la surface des espaces ombragés retenus, la proximité (à moins de 10 minutes) et l’accessibilité par la marche ont été qualifiées pour rendre compte plus finement de la dotation territoriale pour les Franciliens.
L’approfondissement de nos connaissances de l’adaptation de l’Île-de-France aux vagues de chaleur dans le registre des aménagements de proximité pour prévenir la gestion de crise est crucial dans un contexte d’augmentation rapide des températures en Île de France, de multiplication des vagues de chaleur et de surmortalité potentielle associée. Les épisodes de canicule précoce de mai et juin 2026 en sont un témoignage.
Les abris climatiques apparaissent comme un levier complémentaire aux politiques de transformation urbaine pour protéger les populations les plus exposées. Apprécier l’offre en espaces refuges de proximité devient un élément structurant d’une stratégie de prévention, en appui aux dispositifs nationaux (plan canicule, ORSEC, plans communaux de sauvegarde) et aux responsabilités locales, en particulier celles des communes.
Parmi les principaux résultats de cette étude, nous retenons trois grands enseignements pouvant éclairer la décision publique :
- À l’échelle régionale, il existe déjà un socle conséquent – en nombre – d’abris climatiques potentiels, qu’il s’agisse d’espaces ouverts ombragés, de berges végétalisées, d’équipements publics ou de grands commerces supposés offrir au moins un espace rafraîchi. Encore faut-il en avoir conscience et pouvoir localiser cette ressource de proximité. Le partage de cet inventaire, des types d’abris associés, doit constituer un premier porter-à-connaissance grand public. Le service en ligne « Trouver les abris climatiques pour se rafraîchir en Île de France », développé sur la plateforme ISS de la Région, matérialise cet inventaire régional et ouvre des perspectives de sensibilisation, de dialogue et d’enrichissement potentiel de ces informations avec les collectivités locales qui ne se seraient pas dotées d’un tel service pour leur population.
- La disponibilité, proximité et accessibilité à pied à un espace refuge pour faire face à la chaleur reste néanmoins un enjeu d’adaptation pour nombre de communes et de Franciliens. Les disparités territoriales sont importantes – au sein d’une commune, d’une commune à l’autre au sein des secteurs urbains denses comme dans les territoires plus ruraux – avec des mailles résidentielles suffisamment bien pourvues au regard de leur poids de population, quand d’autres s’avèrent en situation de carence. Selon les approches testées de priorisation de la carence en abris climatiques, plus ou moins 2/3 des communes d’Île-de-France, 41 % à 45 % des mailles de 250m habitées, et 57,5 % à 76 % des Franciliens seraient concernés. Les indicateurs de priorisation d’action permettent in fine de cartographier les mailles habitées où des actions mériteraient d’être prioritairement engagées, soit par la création de nouveaux abris, d’îlots de fraîcheur (espaces verts ombragés, équipements refuges, dispositifs de rafraîchissement), soit par l’amélioration du service rendu par les espaces et équipements existants (horaires d’ouverture, accessibilité, capacité et conditions d’accueil, qualité du rafraîchissement…).
- Au-delà des limites méthodologiques liées à l’échelle régionale de l’inventaire des abris, à leur potentiel de rafraîchissement supposé, à l’approche exploratoire d’un calcul d’accessibilité à la maille habitée (« tout à 10 minutes »), la problématique d’inventaire, d’accès et de prise en charge des personnes les plus vulnérables dans un abri climatique pour faire face à la chaleur mérite encore des approfondissements pour répondre aux exigences opérationnelles d’une gestion de crise (difficultés sur le parcours, accessibilité et horaires d’ouverture, qualité du rafraîchissement, capacité d’accueil et durée, personnes en responsabilité, formation premiers secours…). Des perspectives d’approfondissement vont notamment s’engager via le Plan régional de santé environnement PRSE4 sur la problématique des espaces refuges face aux canicules, à la pollution atmosphérique et au bruit.








