Les jeunes Franciliens quittent de plus en plus tard le domicile parental

Les Franciliens - Territoires et modes de vie   Sommaire

30 septembre 2021

La dégradation de la situation de l’emploi a contribué à l’allongement de la cohabitation des jeunes Franciliens avec leurs parents entre 2006 et 2017. L’accès à l’autonomie continue à être plus tardif dans les territoires les plus modestes. Le coût de l’indépendance s’est aussi renchéri – hausse des loyers et des prix de l’immobilier –, même si l’accès à la propriété des jeunes est en hausse depuis 2012. L’entrée dans le parc social reste quant à elle difficile à tous les âges.  

 

Le gisement d’emplois que représente l’Île-de-France et l’attractivité de ses établissements d’enseignement supérieur drainent de nombreux jeunes adultes venus de province ou d’ailleurs. La période 2006-2017, marquée par la crise de 2008 et une montée du chômage jusqu’en 2015, s’est soldée par une baisse des arrivées de jeunes et une cohabitation prolongée des jeunes Franciliens chez leurs parents. Globalement, en 2017, l’Île-de-France compte 70 000 jeunes de 18-34 ans de moins qu’en 2006, soit une baisse de 2,4 %, mais ils sont plus nombreux chez leurs parents et moins à avoir gagné leur autonomie.

Chiffres clés

24,8 ans

Âge médian à la décohabitation des jeunes Franciliens nés en Île-de-France, en 2017 (+1 an depuis 2006).

+102 000

Hausse du nombre de jeunes de moins de 35 ans vivant dans un meublé entre 2006 et 2017.

39 %

Part des attributions de logements sociaux franciliens en faveur des jeunes en 2019.

Une autonomie plus tardive pour les jeunes natifs

En 2017, 2,86 millions de jeunes âgés de 18 à 34 ans vivent en Île-de-France. La majorité (57 %) y est née. Cette part des jeunes « natifs » de la région diminue avec l’âge, passant de 68 % entre 18 et 24 ans à 48 % entre 30 et 34 ans. Parmi ces natifs, les jeunes qui vivent chez leurs parents occupent presque deux fois moins souvent un emploi que ceux qui vivent dans un logement indépendant (41 % contre 79 %). Ils sont plus souvent étudiants ou au chômage, ce qui atteste de l’importance d’avoir un emploi, notamment en CDI, pour devenir autonome.

Entre 2006 et 2017, si globalement le nombre de jeunes Franciliens s’est réduit, celui des jeunes encore chez leurs parents s’est accru (+104 000). En revanche, les jeunes qui ont leur propre logement ou qui vivent en structure collective sont moins nombreux : respectivement -154 000 et -20 000. Si l’on se limite aux seuls natifs de l’Île-de-France, domiciliés dans la région, le constat est similaire : hausse des jeunes encore chez leurs parents (+88 000) et recul de ceux qui sont indépendants (-69 000). De plus en plus de jeunes prolongent donc leur séjour au domicile parental. L’âge médian à la décohabitation ─ l’âge auquel 50 % des jeunes Franciliens natifs ne vivent plus chez leurs parents ─ a progressé d’un an depuis 2006 pour atteindre 24,8 ans en 2017. Ce recul concerne autant les hommes que les femmes. En 2017, les femmes continuent à quitter leurs parents plus précocement que les hommes : la moitié sont parties avant 24,1 ans, pour 25,6 ans chez les hommes. 

Les jeunes décohabitent plus tardivement en Île-de-France que dans les autres régions. En 2017, près de la moitié des 18-34 ans natifs vivent encore chez leurs parents (47 %), alors qu’ils ne sont qu’un tiers en province (parmi ceux qui résident encore dans leur région de naissance). Leur part a augmenté de cinq points en Île-de-France, alors qu’elle est restée stable en province. Ces écarts de cohabitation s’observent tant parmi les étudiants (82 % d’entre eux vivent chez leurs parents en Île-de-France contre 57 % en province), que parmi les jeunes au chômage (60 % contre 47 %) ou parmi ceux qui occupent un emploi (32 % contre 22 %). Ils témoignent à la fois de la plus grande facilité des Franciliens à poursuivre leurs études supérieures en restant chez leurs parents et de leur plus grande difficulté à accéder à un logement indépendant, même quand ils travaillent et a fortiori lorsqu’ils sont au chômage. L’âge médian du départ de chez leurs parents est plus faible en province (22,2 ans en 2017, soit près de deux ans plus tôt qu’en Île-de-France). Il a très peu augmenté depuis 2006 (+0,3 point).

Les difficultés d’entrée sur le marché du travail, un frein à la décohabitation

Entre 2006 et 2017, la scolarité des jeunes natifs d’Île-de-France a continué à s’allonger et à se démocratiser entre 21 et 26 ans : la part des jeunes inscrits dans un établissement scolaire est passée à ces âges de 33 % à 36 %. En revanche, elle est restée quasi inchangée pour ceux qui sont encore chez leurs parents (-0,2 point). Le développement des résidences étudiantes, sous l’impulsion des plans gouvernementaux successifs et soutenus par la Région Île-de-France – 42 000 places supplémentaires auraient été créées entre 2009 et 2019 en Île-de-France –, ont permis à des jeunes de poursuivre leurs études de façon indépendante. Il est probable que la plupart d’entre eux aient été décomptés comme vivant en meublés lors du recensement.

Ce sont davantage les difficultés d’insertion sur le marché du travail que l’allongement de la scolarité qui explique le recul de l’âge au départ de chez les parents. Et ce d’autant plus que cette poursuite des études peut être une stratégie déployée face aux difficultés d’insertion. Depuis 2006, le taux de chômage des jeunes natifs a fortement progressé (+3,6 points entre 2006 et 2017, avec un pic en 2015), surtout celui des jeunes vivant chez leurs parents (+6,3 points contre +1 point parmi ceux qui ont pris leur indépendance). Parmi les jeunes chômeurs, la part des cohabitants avec leurs parents est ainsi passée de 51 % à 60 % en dix ans. En 2017, le chômage touche 17,6 % des jeunes actifs natifs de la région : 28,6 % de ceux qui vivent chez leurs parents, 11 % de ceux qui n’y sont plus. 

La précarité de l’emploi dissuade aussi les jeunes d’acquérir leur indépendance. Ce sont eux qui sont les plus tributaires des petits boulots, de l’intérim ou des contrats à durée déterminée. En 2017, 23 % des emplois occupés par les jeunes Franciliens natifs sont précaires. Ce taux atteint 41 % pour ceux qui sont chez leurs parents. Depuis 2006, la précarité s’est aussi davantage accrue parmi ces derniers (+1,7 point) que parmi ceux qui sont partis (+1,2). La part des jeunes qui ne sont ni scolarisés, ni au chômage, ni au travail, a aussi progressé de 1,4 point depuis 2006, pour s’établir à 5,6 % des jeunes natifs de l’Île-de-France. 

Une décohabitation encore plus tardive dans les secteurs les plus modestes 

La décohabitation est plus tardive en Seine-Saint-Denis et dans le Val-d’Oise : la moitié des jeunes natifs de la région sont partis de chez leurs parents à respectivement 25,9 ans et 25,5 ans en 2017. La durée de cohabitation s’y est allongée davantage qu’ailleurs depuis 2006 (respectivement +1,5 an et +1,1 an). La situation des jeunes du Val-de-Marne est assez proche : la moitié d’entre eux est partie à 25,1 ans, soit 1,3 an de plus qu’en 2006. La part des 18-34 ans nés en Île-de-France et vivant chez leurs parents est maximale en Seine-Saint-Denis : 55 %, soit 8 points de plus que la moyenne régionale. Ce constat vaut quel que soit l’âge, le diplôme, ou le type d’emploi. Ces jeunes chez leurs parents sont aussi plus souvent actifs qu’ailleurs et leurs conditions de logement plus difficiles, du fait de familles plus nombreuses. Dans les familles modestes, l’arrêt précoce des études est plus fréquent, mais les conditions d’insertion professionnelle n’apportent pas l’autonomie financière permettant la décohabitation dans un contexte de pénurie et de cherté croissante des logements. Le cumul des difficultés ralentit leur accès à l’autonomie : ils sont plus souvent au chômage ; ceux qui ont un emploi, plus souvent moins diplômés, accèdent à des professions moins rémunérées ; et l’aide familiale pour accéder à un logement est plus limitée.
 

La géographie des familles ayant au moins un enfant de 25 à 34 ans confirme cette analyse. La part des familles avec des jeunes de plus de 25 ans est plus importante dans les secteurs les plus modestes dotés d’un parc social important, notamment dans la banlieue nord de Paris, à l’interface de la Seine-Saint-Denis et du Val-d’Oise. Elle dépasse 13 % dans les communes de Villepinte, Sarcelles, Arnouville, Villetaneuse, Roissy-en-France, Garges-lès-Gonesse, Goussainville, Stains, Aulnay-sous-Bois, Gonesse, La Courneuve ou encore Sevran. Elle est aussi élevée dans des secteurs modestes de grande couronne en politique de la ville comme Les Mureaux, Coulommiers, ou encore Vauréal et Noisiel en villes nouvelles. Dans les secteurs plus aisés, les parents peuvent davantage aider leurs enfants étudiants à payer un loyer.

Les évolutions sur les dix dernières années attestent d’une cohabitation prolongée dans la plupart des secteurs agglomérés, mais sans lien explicite avec le revenu médian des communes. La part des familles avec des enfants de 25-34 ans s’accroît sensiblement : aussi bien dans des communes modestes comme Clichy-sous-Bois ou Villepinte ; des villes nouvelles telles Bussy-Saint-Georges, Vauréal, Torcy, Serris ; mais aussi dans des communes aisées comme Sceaux, ou les 2e et 3e arrondissements de Paris. La cohabitation prolongée entre 2006 et 2017 s’observe, en effet, dans les deux parcs occupés traditionnellement par les familles : le parc social et le parc occupé en propriété. Un effet de miroir illustre bien cette évolution : dans les logements occupés en propriété, les jeunes natifs de 18-34 ans sont près de 40 000 de plus à vivre avec leurs parents et quasiment autant de moins (-42 000) à y vivre indépendamment ; de même dans le parc social, ils sont 40 000 de plus à vivre chez leurs parents, et 43 000 de moins à y vivre indépendamment. L’âge médian à la décohabitation des jeunes atteint 26,8 ans en 2017 dans les deux cas. Mais c’est dans le parc social que la durée de cohabitation a le plus augmenté depuis 2006 : +2,1 ans, pour une hausse de +0,9 an dans le parc en propriété, et 1 an dans l’ensemble du parc. Dans le parc social, le maintien des jeunes à des âges plus avancés n’a pu se faire qu’au prix de conditions de logement plus difficiles pour les familles. 

Un bond des jeunes en meublés, natifs ou venus de province

Globalement, le nombre de jeunes Franciliens vivant dans un logement indépendant a donc baissé de 8 % entre 2006 et 2017, qu’ils soient nés dans la région (-67 000) ou ailleurs (-87 000). Ils sont nettement moins nombreux à vivre en propriété (-42 000 natifs ; -60 000 nés hors Île-de-France) ou dans le parc HLM (respectivement -43 000 et -54 000). Ils sont aussi moins souvent logés gratuitement (-12 000 et -14 000). Si le nombre de locataires d’un logement privé loué vide est resté stable chez les premiers (+1 000), il a diminué chez les jeunes nés hors de la région (-32 000). En revanche, les uns comme les autres sont nettement plus nombreux à vivre en meublés (+30 000 et +72 000).

Entre 2006 et 2017, le nombre de meublés occupés par les jeunes a ainsi doublé, en progressant de 102 000 unités au détriment de tous les autres statuts d’occupation. Des conditions fiscales plus favorables côté bailleurs et, dans une moindre mesure, le développement des résidences étudiantes privées expliquent ce « bond » des meublés. La part des jeunes Franciliens « indépendants » y logeant est passée de 6 % à 12 % : +7,8 points pour les non-natifs, deux fois plus que chez les natifs (+3,8 points). Cette évolution est très marquée chez les plus jeunes. En 2017, les trois quarts des jeunes occupants de ces meublés ne sont pas nés en Île-de-France. Cette proportion est de six sur dix pour les locataires du secteur libre. 

Le parc locatif privé loué vide reste néanmoins la principale destination des jeunes ayant gagné leur autonomie, tous lieux de naissance confondus : il accueille 41 % d’entre eux (39 % en 2006). À l’opposé, les jeunes sont moins souvent dans un logement occupé en propriété (26 % en 2017 contre 29 % en 2006) ou locataires du parc social (18 % en 2017 contre 21 % en 2006).

Le recul de l’âge à l’indépendance s’effectue au détriment de la mise en couple

La période 2006-2017 atteste nettement d’un report et d’une baisse des mises en couple et des naissances. Ces évolutions se répercutent sur les types de logements occupés par les jeunes partis de chez leurs parents. En effet, les personnes seules et les cohabitants sans liens familiaux sont surtout locataires du parc privé et, dans une moindre mesure, locataires de meublés. Les couples sans enfant(s) privilégient le locatif privé loué vide, délaissent les meublés, et commencent à accéder à la propriété. Les couples avec enfant(s) sont plus souvent propriétaires ou locataires en HLM, quand les familles monoparentales se tournent surtout vers le parc HLM (pour moitié) ou le parc privé locatif. 
Depuis 2006, la hausse des locations en meublés est avant tout le fait des personnes vivant seules (les trois quarts de la hausse) et, dans une moindre mesure, des ménages sans famille et des couples sans enfant(s). Les meublés sont en effet six fois sur dix des studios. La baisse des ménages propriétaires à ces âges reflète le recul des couples avec ou sans enfant(s). Il faut aussi y voir en filigrane l’impact de la montée du chômage jusqu’en 2015 sur l’accession à la propriété. Avoir un emploi conditionne fortement l’obtention d’un crédit : neuf accédants à la propriété de moins de 35 ans sur dix occupent un emploi. Le recul des locations HLM reflète aussi majoritairement celui des couples. 
Si la dégradation de la situation de l’emploi a contribué au maintien plus tardif des jeunes chez leurs parents, le coût de cette indépendance (loyers, hausse de prix de l’immobilier), la concurrence des locations touristiques [1] et la difficulté d’accès au parc social quand on vit seul, entrent aussi en ligne de compte. 
 

Les jeunes sont les premiers à pâtir de la hausse des loyers dans le privé

Quatre jeunes Franciliens sur dix partis de chez leurs parents vivent dans le parc privé. Nouveaux locataires, ils sont en première ligne des hausses de loyer par les propriétaires à l’occasion du changement de bail. Dans l’agglomération parisienne, selon les travaux de l’Observatoire des loyers de l’agglomération parisienne (Olap), en janvier 2020, le loyer des emménagés récents est supérieur de 22 % à celui des ménages occupant leur logement depuis plus de dix ans [2]. Les jeunes sont par ailleurs à la recherche de petits logements, or l’Olap souligne aussi la dégressivité du loyer au m2 quand le nombre de pièces augmente : le coût des éléments d’équipement (cuisine, salle d’eau, W.-C.) rapporté à la surface du logement diminue en effet lorsque celle-ci s’accroît. Dans l’agglomération parisienne, les emménagés récents dans un studio payent ainsi un loyer au m2 supérieur de 21 % au loyer moyen des nouveaux emménagés. S’ajoute à ces deux éléments la hausse des loyers supportée par les emménagés récents du secteur libre de respectivement 21 % (studio) et 20 % (2 pièces) dans l’agglomération parisienne entre janvier 2008 et janvier 2020 (Olap), au-delà donc de l’inflation (+12,1 %). Ces hausses traduisent la tension sur le parc locatif libre, et notamment à Paris, avec les transferts de logements locatifs libres vers le parc social ou la propriété occupante, mais aussi vers une offre meublée. Plus récemment s’y est ajoutée la montée des locations saisonnières à Paris qui réduit d’autant la disponibilité du parc locatif. 

Un accès au parc social difficile, quel que soit l’âge

Un des moyens de contourner les prix plus élevés du parc libre est d’entrer dans le parc social. En 2017, 16 % des ménages locataires du parc social ont une personne de référence de moins de 35 ans, alors que ces derniers constituent près de 24 % des ménages franciliens. Ce sont principalement des familles monoparentales ou en couple avec enfant(s). Fin 2019, 254 000 jeunes Franciliens de moins de 35 ans étaient demandeurs d’un logement social et 28 000 avaient bénéficié d’une attribution au cours de l’année (soit 36 % de l’ensemble des demandeurs et 39 % de l’ensemble des attributions). L’offre reste largement insuffisante au regard de la demande, mais la pression de la demande n’est pas plus forte pour les jeunes que pour leurs aînés : on compte une attribution pour neuf demandes parmi les moins de 35 ans, une pour dix demandes chez les 35 ans et plus. La situation des moins de 25 ans apparaît toutefois nettement plus complexe (15 demandes pour 1 attribution). 
Plus du tiers des demandeurs âgés de moins de 25 ans est sans emploi ou au chômage, ce qui limite fortement leur solvabilité (environ un quart pour l’ensemble des demandeurs). Par ailleurs, ils sollicitent très majoritairement des petits logements, sur lesquels s’exerce une très forte tension, les T1 et T2 ne représentant que 30 % du parc social francilien selon le Répertoire des logements locatifs des bailleurs sociaux (RPLS).
Leur situation familiale conditionne aussi leur entrée dans le parc social. Quel que soit l’âge du demandeur, les familles avec enfant(s) sont nettement surreprésentées parmi les ménages ayant obtenu un logement. Or les 18-24 ans et des 25-29 ans sont principalement des personnes seules ou des couples sans enfant(s)

Même si les jeunes demandeurs de logement social sont plus fréquemment hébergés par leurs parents qu’en moyenne (38 % des moins de 25 ans, 26 % pour les 25-29 ans, 16 % pour les 30-34 ans, contre 7 % des 35 ans et plus), leur situation vis-à-vis du logement est très variée (locataires du parc privé, logés en résidence sociale ou en structures d’hébergement, etc.). Un quart des demandeurs âgés de 30-34 ans réside déjà au sein du parc social en tant que locataire en titre.
Comme leurs aînés, près des deux tiers des jeunes demandeurs vivent en petite couronne. En revanche, ils formulent davantage le souhait de quitter leur département de résidence actuel (21 % contre 14 %). Ils sont un peu moins nombreux à cibler Paris (23 %) que les plus de 35 ans (26 %). 

L’accès à la propriété des jeunes en hausse depuis 2012

Après un recul marqué de l’accès à la propriété dû à la crise de 2008, qui a touché davantage les jeunes, l’accession repart à la hausse depuis 2012. Le nombre d’acquéreurs d’appartements de moins de 35 ans est passé de 46 000 en 2006 à 25 000 en 2012, puis a remonté à 39 000 en 2019. La reprise a été plus marquée chez les jeunes (+57 % entre 2012 et 2019 contre +36 % pour les plus âgés). Les jeunes représentent ainsi près de 40 % des acquéreurs d’appartements en 2019, contre 36 % en 2012. La très grande majorité des jeunes ayant acheté un appartement en 2019 a entre 25 et 34 ans (92 %), et ce taux est en augmentation depuis 1999.

En 2019, les jeunes achètent un peu moins souvent à Paris (20 % des achats) que les autres ménages (24 %) et privilégient la petite couronne (45 % des achats). La progression des achats a été très forte dans les Hauts-de-Seine depuis 2012 et notable en Seine-Saint-Denis, quel que soit l’âge.
Le renchérissement du marché immobilier contribue à la progression des professions à haut niveau de revenus parmi les jeunes accédant à la propriété et entraîne une éviction des ménages aux niveaux de revenus intermédiaires ou bas. La hausse des prix entre 2012 et 2019 a été nettement plus marquée à Paris (+23 % pour les T2 et +19 % pour les T3-T4) et en petite couronne (respectivement +18 et +23 %) qu’en grande couronne (respectivement +4 et +2 %).

Le marché francilien est ainsi de plus en plus réservé aux cadres et professions intellectuelles supérieures. Un constat que l’on retrouve chez les jeunes : la part des acquéreurs cadres est passée de 32 % en 2012 à 41 % en 2019, celle des professions intermédiaires de 32 % à 34 %. À Paris, compte tenu des prix élevés de l’immobilier, la part des cadres est encore plus forte (59 %). Elle atteint 45 % en petite couronne. En Seine-Saint-Denis, le nombre de jeunes cadres ayant acheté un appartement a quintuplé entre 1999 et 2019. C’est dans ce département et dans celui du Val-d’Oise que la part des jeunes parmi les acquéreurs est la plus élevée (respectivement 45 % et 46 %). En grande couronne, les professions intermédiaires sont surreprésentées parmi les jeunes acquéreurs (39 %).

Les jeunes, étudiants ou actifs, peuvent aussi bénéficier d’aides familiales ou publiques (bourse, APL, garantie locative) pour accéder à leur premier logement indépendant. Les premières sont décisives, mais sources d’inégalités entre les jeunes, les secondes sont pour la plupart ciblées sur les plus modestes. Les allocations logement réduisent fortement la charge de loyer, même s’il a été maintes fois pointé l’effet inflationniste de ces aides sur le coût des loyers. Autres obstacles rencontrés par les jeunes pour l’obtention d’un logement : la caution demandée s’élève à une ou deux fois le montant du loyer hors charges (locatif libre ou meublé), et il est souvent exigé que les revenus représentent trois fois le montant du loyer. Pour répondre en partie à ces difficultés, Action Logement a mis en place la garantie Visale (Visa pour le logement et l’emploi) pour les moins de 31 ans. Cette caution locative garantit le paiement du loyer et des charges locatives au propriétaire en cas de défaillance de paiement. Ces aides restent un élément clé du passage à l’indépendance. 

DRIHL

Marion Le Carrer

Marion est chargée d'études au service des observatoires, des études et de l'évaluation de la Direction Régionale et Interdépartementale de l'Hébergement et du Logement d'Île-de-France (DRIHL). Diplômée d'un Master en géographie et aménagement de l'espace, ses travaux portent principalement sur les thématiques de l'habitat privé (copropriétés, habitat indigne, tissus pavillonnaires...) et de la rénovation urbaine en Île-de-France.

Florence Lesage

Florence est chargée d’études au service des observatoires, des études et de l'évaluation de la Direction Régionale et Interdépartementale de l'Hébergement et du Logement d'Île-de-France (DRIHL). Démographe de formation, ses travaux portent principalement sur la thématique de l'accès au logement. Elle produit notamment le socle de données "Demandes et attributions de logements sociaux en Île-de-France".

L'Institut Paris Region

Mariette Sagot

Mariette est démographe à L’Institut Paris Region au sein du département Habitat et Société. Ses travaux ont évolué des cadrages démographiques pour la révision du schéma directeur de 1994 vers des questions sociales touchant la vie des Franciliens : le vieillissement de la population, les inégalités socio-territoriales, la pauvreté et l’immigration. Elle coordonne cet ouvrage sur les Franciliens avec François Michelot.

Sources de données

Le mode de cohabitation des jeunes et les types de logement dans lesquels ils vivent sont appréhendés via le recensement de la population. La juxtaposition de deux photographies en 2006 et 2017 ne permet pas de rendre compte des parcours. Un jeune qui est chez ses parents peut, en effet, avoir déjà vécu seul par le passé (fin d’étude, retour chez les parents suite à une séparation, par exemple). Le calcul de l’âge médian à la décohabitation ne peut rendre compte de ces trajectoires. 

L’évolution des loyers du parc privé repose sur les données l’Observatoire des loyers de l’agglomération parisienne (Olap). https://www.observatoire-des-loyers.fr/

L’inflation est calculée à partir de la série de l’Insee sur l’Indice des prix à la consommation (base 2015 - Ménages urbains dont le chef est ouvrier ou employé - France - Ensemble hors tabac).

Le Système national d’enregistrement (SNE) recense l’ensemble des demandes de logement social. Chaque ménage désirant être logé doit remplir un formulaire dont les renseignements sont compilés dans le SNE (y compris s’il réside déjà dans le parc social). Par la suite, lorsqu’un logement est attribué, le bailleur enregistre l’information dans le SNE. L’ensemble de ces données permet de connaître le profil des demandeurs ainsi que les caractéristiques des ménages ayant bénéficié d’une attribution. L’étude exploite les demandes actives au 31/12/2019 (ménages résidant en Île-de-France et souhaitant obtenir un logement social dans une commune francilienne) et les attributions réalisées au cours de l’année 2019 (ménages résidant précédemment en Île-de-France et ayant obtenu un logement social dans une commune francilienne).

Les données sur le parc locatif social conventionné proviennent du Répertoire des logements locatifs des bailleurs sociaux (RPLS), tenu par le Service de la donnée et des études statistiques (SDES) du ministère de la Transition écologique (données au 1er janvier 2019).

Les données localisées sur les ventes d’appartements sont issues de la base Bien des notaires. Cette base indique un numéro unique par transaction, mais ne permet pas d’identifier la personne achetant le bien (pas de numéro unique propriétaire). Plusieurs biens peuvent avoir été achetés par la même personne, ce qui est moins probable chez les jeunes. 

Références

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